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Tu peux maintenant partir

Photo 067Tu peux maintenant partir. J’ai peine à croire qu’ici, maintenant, je te dis ces mots, mais… tu peux maintenant partir. Ils m’ont dit que t’es battu pour rester, mais nous n’avons d’autres choix que de nous avouer vaincus. Je te demande de partir, ne reste pas que pour moi. Je sais que mon cœur se brise, je le sens dans chaque petite partie de mon corps, mais il n’y a plus rien à faire, je ne peux te garder avec moi. J’espère seulement que de là où tu es, tu comprends que je ne te laisse pas partir, je n’ai aucun autre choix. Il y a quelques instants, ton petit cœur battait toujours, il doit se reposer maintenant. Nous avons été trop tard, les astres n’étaient pas là pour toi. Nous avons été trop tard, ils ne l’ont pas vu à travers moi.

La maladie m’envahit, et c’est toi qu’elle pénalise. Elle prend mon cœur et l’oblige à travailler plus fort sans t’en offrir les efforts. La maladie me tue, mais c’est toi qui devras partir. Mon corps ne t’alimente plus, il te laisse sans aide ni ressources. Il ne t’offre pas ce dont tu as besoin, et ce depuis trop de jours, ou de semaines qui sait. Ils me disent que tu ne souffres pas, que tu es bien là tout à l’intérieur de moi. Ils me disent que tu dors et ne sens rien, moi je suis éveillée et morte de chagrin.

Tu dois maintenant partir car la vie ne te serait pas douce. Il n’y a pour toi aucun avenir dans ce monde que je t’avais rêvé. Ton corps te quitte même si ton cœur est toujours là. Tes poumons veulent encore, mais ta tête n’y est pas. Il n’y aurait pas de rires, pas de cris, pas de pleurs. Il n’y aurait ni regards, ni sentiments et aucun bonheur. Il y aurait ton corps, vide d’esprit sans aucune âme. Il te faut me quitter pour trouver une paix que je ne saurais t’offrir. Je ne sais pas comment le dire… je suis désolée que tu sois tombé sur moi. Une autre aurait fait mieux, son corps n’aurait pas tout détruit. Je suis si désolée de te faire cela à toi, crois-moi, je ne voulais pas. Je suis ta maman, et c’est moi qui te fais tout cela… Je ne sais pas pourquoi, je ne comprends pas. Je suis désolée de détruire tes premiers instants, alors que tout ce que je veux, c’est te garder avec moi. J’ai échoué les premières étapes et tu en es le grand perdant. Je m’enlève mon enfant et prive un père de son fils. Je suis désolée, mais tu sais, j’espère, que je désirais un tout autre destin pour toi, pour lui, pour nous. Tu as déjà ton histoire et je rêvais d’en écrire le reste. J’avais tant de “je t’aime” en réserve et tant de câlins dans la tête. Je te voyais grandir et devenir un homme. Je te voyais beau, grand et fort. Je t’imaginais en regardant les yeux de ton père, voyant ce bleu au creux des tiens. Je te voyais grandir tout fier d’être un petit homme qui fait son chemin! Je vous imaginais déjà patins aux pieds riant ensemble dans les froides nuits de janvier. Je me voyais ta mère, ta confidente, ton amie. Je créais dans ma tête cette merveilleuse relation que nous allions avoir ensemble. Je t’aurais couvert d’amour, de douceur et de tendresse. Je voulais te faire découvrir la vie, car crois-moi elle aurait pu être si belle… Mais ce ne sera pas le cas, car maintenant… tu dois partir.

Si je le pouvais, oh crois-moi, je partirais avec toi. J’aurais voulu qu’on te sauve, qu’on t’aide, que mes entrailles s’ouvrent pour que tu respires, mais l’espoir est nul, le temps a tout détruit. J’aurais voté pour toi, envers et contre tout, mais tu ne gagnerais pas malgré tout mon amour. Je ne peux pas partir, pas tout de suite, pas maintenant. Il est là, la tête collée sur mes jambes, et il a besoin de moi. Il est là, il ne me quitte pas et il a peur. Cette maladie qui t’emporte me tire avec toi, mais je dois rester… Pour lui, pour moi. Il ne peut pas partir les mains totalement vides, je ne peux tout simplement pas lui faire cela.

Je voudrais tant croire encore au miracle, mais depuis quelques heures, tu ne bouges pas. Le sang n’y est plus, tes membres ne fonctionnent plus, il n’y a à peu près que ton cœur qui bat. Je voudrais tant croire au miracle, mais il ne se présentera pas. Tu aurais pu naître très tôt, et on se serait battu pour toi, mais lorsque tu vas naître, ce sera la fin du combat.

Ils vont revenir bientôt pour savoir si tu es encore là, je te le dis maintenant, je suis prête, tu peux partir. Mon amour pour toi ne changera pas, il évoluera. Mes pensées resteront avec toi. Une blessure se créée en moi juste à penser que tu n’y seras plus, mais je me guérirai pour toi. Tu seras à jamais mon premier, mon garçon, ma vie, ma famille à moi. Je te dis au revoir, mais ne te quitterai pas. Un jour crois-moi, nous serons à nouveau ensemble et je danserai avec toi. Tu seras à jamais un petit bébé que je bercerai dans mes bras. Un jour crois-moi nous serons ensemble et je profiterai de toi. Je retrouverai cette paix qui m’habitait il y a si peu de temps. Tu peux maintenant partir, tu peux mettre tes ailes. Vas-y vole… vole mon amour, mais ne laisse pas le vent t’emporter loin de moi.

– Geneviève

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Tu as toi aussi été touché par le deuil périnatal ? Sache que nous avons une catégorie regroupant nos articles sur ce sujet… juste ici.

  • patricia - Geneviève, j’adore ta façon d’écrire, j’en aurais pris encore! xxrépondreannulé

  • Johanne Santerre - xx <3répondreannulé

  • Louise - Wow. …c’est magnifique….merci Geneviève xxrépondreannulé

  • Line - Tres beau et touchant.
    T exprime vraiment bien tes émotions et quelle plume tu as , j envie ce don.
    Tellement agréagréable de te lire xxxrépondreannulé

    • Geneviève - Merci énormément. L’écriture aide à sortir toutes ces fortes émotionsrépondreannulé

  • Ghislaine Dayan - Beau et déchirant. Il faut être passé par là pour comprendre vraiment cette douleur et les “flash back” qui nous font revivre sans cesse ces moments. Un grand vide qui ne peut être comblé. “L’absence, la voilà “.répondreannulé

    • Geneviève - Effectivement Ghislaine. Ces moments restent à jamais graver à l’intérieur de nousrépondreannulé

  • Annie - Oufff!! J’ai pleuré et je suis revenu 9 ans en arrière quand ma petite amour s’est envolée…
    Geneviève, tu écris tellement bien.
    bisous xxrépondreannulé

    • Geneviève - Merci beaucoup Annie… j’imagine toutes les émotions que cela a dû ramener… je pense à toi -Genevièverépondreannulé

  • nathalie malaison - tres touchant et cruelà la fois puisse avoir la paix et l aforce pour traverser cette epreuverépondreannulé

    • Geneviève - Je vous remercie. Il y a maintenant 8 ans de cette douloureuse nuit -Genevièverépondreannulé

  • genevieve - Merci de partager ce moment . je connais cette douleur et ce sentiment attentionna vous .répondreannulé

    • Geneviève - Merci beaucoup, douces pensées à vous -Genevièverépondreannulé

  • Alexandra - Merveilleux texte. Merveilleuse plume. Douloureuse expérience. Je n’ai pas encore d’enfant… j’en rêve. J’imagine cet épisode. Toutes mes pensées vers vous.répondreannulé

  • Nadia - Les yeux pleins d’eau, je suis sans mot.
    Tout ce que j’ai envie de t’écrire c’est…
    Je t’envoie un gros câlin xxxrépondreannulé

  • Adel - Tres emouv… l’amour un amour si propre j ai vecu cette emorépondreannulé

  • Gwendoline - Beaucoup de larmes en lisant ces mots très forts.
    J’espère que vous avez pu vous reconstruire et trouver la paix.
    Aussi avoir pu donner des petits frères ou soeurs à votre petit ange partie trop tôt.
    Meilleurs pensées.répondreannulé

  • Ariane - Merci pour ce beau texte tellement touchant. Je me revois il y a plus de sept mois maintenant quand j’ai dû laisser ma petite fille partir à cause des mêmes raisons (insuffisance placentaire et prééclampsie). Oh combien je me suis sentie coupable de ne pouvoir la protéger comme je l’aurais voulu. C’est un sentiment d’impuissance indescriptible, et tu as trouvé les mots justes pour l’exprimer. Ce texte est un réel baume sur mon coeur de maman.répondreannulé

    • modeste - tellement bien décrit ke je n’ai pas pu empêcher cette petite goutte de s’échapper. ça fait 6mois actuellement que j’ai vécu cela. et mon petit garçon a du partir pour que je récupère sa mère. paix a toi et un jour on se reverra. je t’aime et t’aimerai toujours.répondreannulé

  • Amelie - C’est bon, mais c’est douloureux… Car on se reconnaît dans certains détails, on revit des moments qu’on a trouvé éprouvants. On a chacune notre histoire, on ne doit pas comparer mais c’est bon de mettre TES mots sur quelques uns de mes souvenirs… Merci Geneviève 😘répondreannulé

  • Stephanie turbide - Très beau texte Geneviève, il pogné au coeurrépondreannulé

  • Prends ma main mon amie » Je suis personne - […] J’tai pas entendu mourir et Tu peux maintenant partir […]répondreannulé

  • On m’avait dit… » Je suis personne - […] Tu as toi aussi été touché, de près ou de loin, par le deuil périnatal ? On a pensé que tu aimerais aussi ces lectures…  Prends ma main mon amie, J’tai pas entendu mourir et Tu peux maintenant partir […]répondreannulé

  • Famzam - Très émouvant et pourtant je n’ai grâce au ciel pas vécu ces cruels et si douloureux moments…mais ce sont nos pires cauchemars alors je ne peux imaginer toute l’horreur. Tout le vide qui doit vous habiter. Mon amie a connu ce drame, et je n’ai que mon cœur et mon épaule à lui offrir pour l’aider à continuer sa route….répondreannulé

    • Geneviève - Merci beaucoup pour vos pensées. Effectivement, il s’agissait d’un des moments les plus forts de toute ma vie. Je suis de tout coeur avec votre amie et lui envoi toute la force et l’amour qu’il m’est possible dans ces moments difficiles. – Genevièverépondreannulé

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