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Mon coeur vous remercie

cimetièreC’était un dimanche après-midi de fin d’été. Il faisait beau à l’extérieur, mais en vérité ça n’allait pas du tout. Un torrent de douleur et de tristesse s’échappait de mon cœur depuis plusieurs jours. Je venais de perdre ma fille. C’était mon premier enfant, la naissance de ma famille. En quelques instants, tout s’était envolé en fumée… parce que je ne l’ai pas entendu mourir. La réalité frappait désormais de plein fouet. Comme si on m’avait sorti d’un coma qui me protégeait, et qu’au réveil on m’annonçait à froid que mes rêves resteraient des rêves et qu’ils ne deviendront jamais ma vérité, tout était terminé. Juste comme ça. Parce que des fois la vie décide pour nous et défait nos plans, parce que parfois, c’est injuste comme ça.

Je me souviens encore de cette journée. Mon mari s’occupait à faire de petits travaux de rénovation à l’extérieur parce c’était une bonne journée pour lui. Pas pour moi, mais j’avais envie de lui permettre de profiter de ces moments pour qu’il puisse s’en faire des réserves. J’avais quitté la maison en prétextant aller faire quelques commissions. Ce que je ne lui avais pas dit et que je souhaitais trouver, c’était un remède pour guérir mon cœur. Ça faisait juste trop mal. J’étais partie sans destination précise, avec comme seul bagage un mini album photo rassemblant les seuls clichés qui me rappelaient l’existence de ma fille, la preuve qui justifiait ma peine.

Deux mois s’étaient écoulés depuis le décès. Les gens avaient repris leurs occupations, les appels étaient moins fréquents et les visites s’étaient espacées. Parce que pour la majorité de l’entourage nous avions (ou devions) passer à autre chose. Mais c’est pas comme ça que ça se passe dans la réalité. J’avais besoin de pleurer mon bébé encore. Des phrases vides de sens comme : « Ne vous en faites pas, vous êtes jeunes, vous en aurez d’autres… », « Ce serait bien pire si vous l’aviez connu ! », ou encore « Chaque chose arrive pour une raison… » tournaient en boucle dans ma tête, et je ne savais tout simplement plus quoi répondre. J’en avais assez que les gens tentent de trouver les mots magiques pour supposément me réconforter. Ça ne me faisait aucun bien. J’avais plutôt cette impression qu’on minimisait ma peine et qu’elle n’avait pas de place. Était-ce si difficile d’écouter ma tristesse sans tenter de comprendre ?

J’ai roulé, les yeux embués de larmes, et le chemin m’a amené là où je devais me rendre. Près de ma fille. Je me suis assise en indien, tel une enfant, devant la pierre tombale où son nom était gravé. J’ai regardé chacune de ses petites photos (que je connaissais déjà par cœur) en pleurant son départ, le vide qu’elle laissait derrière elle, son absence qui prenait toute la place, la douleur qui m’envahissait et mon monde qui basculait. Et puis, sans que je ne m’y attende… il y a eu cette rencontre.

Je ne pleurais pas pour qu’on m’entende, mais il y a eu cette dame. Cette dame d’un certain âge, accompagnée de son mari, qui se promenait en silence dans ce même cimetière. Cet endroit destiné aux morts, mais créé pour les vivants. J’avais cette impression que cette visite du dimanche faisait partie de leur routine, je ne sais pas pourquoi. En les apercevant je m’efforçai de contrôler mes sanglots, mais j’en étais incapable. Je me couvris donc le visage à deux mains, pour refouler mes pleurs. Et j’ai senti cette présence… J’ai levé la tête et elle m’a dit tout simplement avec son petit accent, duquel je pouvais entendre ses origines portugaises : « C’était un petit bébé, hein ? C’était votre fille ? Ça ne fait pas très longtemps qu’elle vous a quitté, n’est-ce pas ? » J’ai compris qu’elle avait tiré ses conclusions simplement en observant ce qui était gravé sur ce petit monument de marbre. J’ai regardé cette dame, avec mes yeux rouges et gonflés qui avaient déjà trop pleurés… et j’ai acquiescé de la tête.

Cette dame, je ne la connaissais pas. Je ne l’avais même jamais vu. Mais cet après-midi-là, alors que je n’avais plus que mes yeux pour pleurer, elle était là. Elle n’a pas posé de question, elle n’a pas cherché à comprendre, elle n’a pas tenté de trouver les mots magiques… Elle a tout simplement écouté ma peine. Je n’avais rien demandé, mais c’était tout ce que j’avais besoin. Elle est restée assise un moment à côté de moi et tout naturellement, je lui ai tendu le petit album souvenir de ma fille. Pour lui présenter probablement. Elle a regardé avec beaucoup de douceur chacune des photos et m’a remis mon précieux petit livre en me disant avec tendresse : « Elle était magnifique… » Je l’ai remercié, elle m’a caressé l’épaule en signe de compassion et elle s’en est allée rejoindre son mari. Avant de continuer leur chemin, cet homme m’a regardé avec quelque chose de différent dans les yeux… j’avais l’impression qu’il comprenait.

Cette journée-là, c’était il y presque sept ans maintenant et elle est gravée dans ma mémoire pour toujours. On ne se connaissait pas, et vous m’avez apporté la paix simplement en me permettant de pleurer pour ainsi vivre mon deuil. Aujourd’hui, je suis convaincue que ces larmes ont aidé mon cœur à guérir et soigner ma souffrance… Je vous en remercie.

– Mélanie

Tu as toi aussi été touché par le deuil périnatal ? Sache que nous avons une catégorie regroupant nos articles sur ce sujet… juste ici.

  • Joanie - Wow l’humain devrait être d’avantage comme ses deux personnes aider un inconnu simplement pour l’aider…répondreannulé

    • Mélanie - Je suis bien d’accord avec vous… Aider pour faire du bien tout simplement. Sans rien demander en retour… – Mélanierépondreannulé

  • Mireille Charron - Bonjour Mélanie, quel beau message, nous sommes tellement maladroit dans ces circonstances. Dans des moments difficiles, nous avons besoin d’avoir des personnes avec nous qui nous écoutent, qui nous laissent pleurer, sans nous donner des conseils. La vie va se charger de nous donner ces conseils.

    J’ai lu ce message et j’ai pleuré, cela m’a touché beaucoup. Les personnes qui nous ont quittées, nous les avons toujours dans notre cœur. Ils sont avec nous et ils sont nos anges gardiens. Je te souhaite une très belle journée.répondreannulé

    • Mélanie - Merci beaucoup Mireille pour votre commentaire. Je dis souvent qu’il faut simplement accueillir la peine des gens, sans chercher à comprendre. Parce que meme s’il n’y a pas de mots, parfois pleurer à deux fait tout simplement moins mal. – Mélanierépondreannulé

  • Sylvie - Quel beau texte! Un geste tout tendre vaut souvent beaucoup plus que des mots! Merci!!répondreannulé

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