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Entre ma famille et ma famille

Parce que les conflits familiaux sont malheureusement très souvent présents dans plusieurs familles, j’ai décidé de vous raconter mon histoire, ma vision bien à moi.

J’ai toujours été différente de ma mère. Elle était extravertie, moi introvertie. Elle n’était pas gênée, moi si. Elle était impulsive et moi, plus réfléchie. Même si nous sommes liés de sang, j’ai toujours su que nous étions parfois à l’opposé l’une de l’autre. Je parle de ma mère au passé car elle est décédée en janvier dernier. Malgré toutes ces différences, Madeleine a été la femme de ma vie. Je l’aimais, je l’aime et je vais toujours l’aimer. Elle m’a transmise de belles valeurs et si aujourd’hui je suis la femme que le suis, c’est en partie grâce à elle.

J’ai vécu une belle enfance mais avec ma mère, it was her way or no way!! J’ai donc appris à me taire et à écouter. Je suis ensuite devenue une adolescente et comme dans toutes les bonnes familles, nous avons eu nos chicanes mère-fille. Adulte je suis devenue et mère elle a continué d’être pour moi. Malgré tout, la relation s’est parfois (souvent) inversée mais elle a toujours eu les bons mots pour moi. Je sais qu’elle me louangeait et que j’étais tout pour elle. J’étais sa fille unique! Elle a fait ce qu’elle a pu avec moi et connaissant une partie de son enfance, je suis fière d’elle. Très fière même.

Avec le temps, j’ai fait mes propres choix. Elle n’a pas toujours été en accord avec ceux-ci mais j’ai dû faire ma propre vie et mon chemin. Comme dans beaucoup de famille, ma mère n’a jamais vraiment aimé mon conjoint. C’est normal, nous étions tellement différentes. Elle n’a pas toujours été adéquate avec lui. Mais, je l’aime, c’est mon chum et je l’ai choisi pour être le père de mes enfants. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis la naissance de mes garçons, la relation avec ma mère s’est effritée.

La naissance de mon fils, précédé du deuil périnatal, m’a poussé à m’affirmer avec elle. Avec toujours beaucoup d’amour, j’ai dû mettre certaines limites et malheureusement, ça n’a pas passé. Je vous l’ai dit, it was her way or no way. Alors, on m’a demandé de choisir… entre ma famille et ma famille. J’ai donc décidé de prendre des distances avec ma mère afin de veiller sur ma petite famille c’est à dire mon chum et mon fils. J’ai voulu protéger ce que j’avais de plus précieux au monde. Certains m’ont tourné le dos, n’ont pas compris ma décision et ne la comprenne toujours pas. Toutefois, sachez que j’ai fait ce que je pensais être le mieux pour moi. La personne la plus triste dans cette histoire, même si ce n’est pas un concours sur l’échelle de la tristesse, c’était moi. Combien de nuits ai-je pleurer en silence? Je n’ose même pas les compter. Malgré la certitude que j’avais, j’ai toujours eu des doutes. Est-ce que j’ai toujours fait les meilleurs choix dans ma vie? Non. Mais j’ai fait ce que je pensais être bon pour moi. Choisir entre sa famille et sa famille… vraiment? On n’est pas censé faire ce genre de choix!

Et en novembre dernier, j’ai eu un coup de téléphone. On m’annonçait que ma mère était malade. Je n’ai pas tout de suite réagi, je ne savais pas comment. C’était un choc, mélangé avec de la peine, de la colère, de la rancune et de la peur. Ça m’a pris un certain temps avant d’aller voir ma mère. Mais je suis allée et on s’est réconciliée. Elle s’est excusée et moi aussi. On s’est collées, comme quand j’étais petite. À ce moment, les rôles n’étaient plus inversés. Elle m’a consolée. Elle savait que le cancer avait envahi son corps et qu’il ne nous restait plus beaucoup de temps ensemble. On en a donc profité. En janvier dernier, elle est partie.

Je n’ai pas parlé à ma mère pendant presque trois ans et les derniers moments avec elle m’ont permis de comprendre à quel point aucune relation n’est parfaite. Personne ne pourra m’empêcher d’aimer qui et quoi que ce soit. Parce qu’un conflit n’efface pas une vie. Parce qu’un héritage volé ne vaudra jamais tout l’amour que je ressens pour mes parents et mes racines. C’est ce lègue qui est le plus important.

J’aimerais vous dire que cette expérience m’a fait grandir et m’a ouvert les yeux sur beaucoup d’aspects de la vie. Je n’ai pas encore fait mon deuil, je crois que ce sera le processus d’une vie entière. Mais, je sais qu’en tant que maman, je ferai tout mon possible pour supporter mon fils, et ce, peu importe ce qu’il aime et qui il veut aimer.

Caroline

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