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La césarienne que je n’ai jamais accepté d’avoir

J’avais tellement hâte de te voir et de savoir si tu étais un petit garçon ou une petite fille. Ça faisait déjà quelques mois que j’étais en retrait préventif. Le genre de retrait auquel je ne m’attendais pas puisqu’en partant tu étais une belle surprise et que finalement, j’ai dû quitter ma classe, mes élèves et ma passion du jour au lendemain. J’attendais patiemment à la maison, entre les nausées et les câlins du chien. À 20 semaines, nous avons eu enfin l’échographie. Bonne nouvelle, tu es en bonne santé. La technicienne n’en dit pas beaucoup et dit que tout est correct. On l’a trouvé peu bavarde mais ça reste ainsi. On venait d’apprendre que tu étais un petit garçon. Nous étions tellement contents.

Le lendemain, ma docteure me téléphone. Elle veut que je revienne la voir car mon placenta est mal positionné. Qu’est-ce que ça veut dire? Est-ce dangereux? Finalement, elle me fait une échographie et me confirme que mon placenta bouche complètement la sortie. Ce chemin que tu dois prendre, celui par lequel tous les bébés sont supposés passer. C’était donc un placenta prævia recouvrant. Recouvrant au point tel qu’il n’y aura aucune possibilité d’accoucher vaginalement. La solution : la césarienne. La césarienne??? Un scénario que je n’avais jamais envisagé. Enceinte de 21 semaines, je n’étais pas prête à me faire dire ça. Me faire dire que, dans 16 semaines, on allait me couper littéralement le ventre pour sortir mon bébé. Les images me venaient en tête, celle de l’extra-terrestre qui sortira de mon ventre, celle de l’X-Acto qui coupera ma peau et de la main qui entrera à l’intérieur de mon ventre pour te sortir. Les statistiques étaient de 1 placenta recouvrant sur 1000. C’était moi, la chanceuse. Malgré toutes les possibles complications pour la grossesse, impliquant de grand risque d’hémorragie, ce qui m’importait c’était que tu ne naîtrais pas de façon naturelle.

Moi, à partir de 5 mois de grossesse, je voulais profiter de ma grossesse, faire des cours de groupe, mais ça m’était interdit. À la place, je devais rester tranquille. Je ne pouvais même pas penser faire l’amour. Quelle torture!

Les jours avançaient, mais mon cerveau n’arrivait pas à concevoir que le jour “J” allait arriver. Le jour étant celui où on allait m’ouvrir le ventre plutôt que celui où j’allais te rencontrer. Ce jour, qui devait être un des plus beaux de ma vie, était prédestiné à être très éprouvant et épeurant.

C’est le 12 mai 2011 que nous devions nous rendre à l’’hôpital. Ta date de fête a été choisie par le médecin. Pas par toi. Tu n’auras même pas eu droit de préparer ta sortie. Soudainement, on allait te sortir et précipiter ton arrivé. Je sais, on me l’a dit plus d’une fois, si ce n’était pas ainsi, on mettait nos deux vies en danger. Ce matin-là, je ne pensais qu’à la césarienne, à cette façon inhumaine de te mettre au monde. Aussi au fait que c’est papa qui ferait le peau à peau avec toi et non moi. Moi, je serai en train de me faire transpercer par des aiguilles pour me faire recoudre. Avec mes grands bas blancs et ma jaquette d’hôpital, on m’a fait marcher jusqu’à la table d’opération. On m’a ensuite retenu la tête pour me piquer, à 3 reprises, dans le dos. C’est alors que ma respiration pris de l’ampleur. Je respirais vite et je criais. Je ne voulais pas que ça se passe. Les lingettes d’eau au visage, mon chum est entré. L’anesthésiste me menace de m’endormir si je ne me calme pas. Le médecin prend ma main et me rassure, bébé sera là dans 5 minutes.

À partir de ce moment, j’entends les instruments et les gens parler. Je regarde mon chum dans les yeux. Du coup, je t’entends pleurer. Tu es là. Je te vois, on te dépose sur moi. Par contre, tu es tellement proche que je me sens étouffée. Je suis fière que tu sois là, mais je me sens égoïste et me dis que j’ai hâte que quelqu’un te reprenne pour que tu partes avec papa, juste pour que je puisse respirer comme il faut. Tu es donc partie avec papa, et moi, je suis restée quelques instants de plus dans la salle. À ce moment-là, tout ce qui m’importait c’est que ce serait bientôt fini, ce cauchemar de césarienne.

Maintenant, tu as 5 ans, bientôt 6. Je suis fière de toi. Je suis aussi la maman la plus heureuse.

P.S. Je m’excuse de ne pas avoir réussi à faire de ta naissance un des jours les plus beaux de ma vie. Maman t’aime beaucoup.

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Avec du recul, je confirme que la première césarienne a été la plus difficile. Jusqu’au moment d’accoucher de mon deuxième enfant, 2 ans plus tard, je n’ai jamais accepté le fait d’avoir ma première césarienne. Nous avons donc tenté l’AVAC (accouchement vaginal après une césarienne). Bébé 2 a donc choisi la date, m’a aussi permis de ressentir des contractions. Par contre, la césarienne a été nécessaire et s’est avérée le meilleur choix de dernière minute. Ça m’aura pris 17 heures de contractions afin de permettre au médecin de faire la césarienne. J’ai eu le même sentiment de panique sur la table d’opération. Par contre, cette fois, avant de sortir de la salle, le docteur m’a annoncé que j’étais à quelques contractions d’une rupture utérine. Le cas échéant, j’aurai perdu mon utérus. Depuis, je remercie la vie de m’avoir permis de pouvoir encore avoir des enfants. Pendant la préparation de la 3e césarienne, j’étais une «maman-césarienne» avertie et assumée.

– Maman A.

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