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La vie qui crie victoire

Mon fils Renaud a eu 6 ans cette semaine. Régulièrement, je me remémore son parcours si particulier. Ce n’est pas pour rien que j’ai surnommé cet enfant-là mon « improbabilité mathématique ». Il faut savoir que Renaud s’est frayé un chemin dans la vie, avant même mon retour de couches, en profitant d’un stérilet aventurier qui a préféré mon abdomen à mon utérus… Je me souviens très bien que mon obstétricien m’avait dit que tout un destin attendait enfant-là pour qu’il tienne tant à venir au monde.

J’ai eu mes trois premiers enfants en l’espace de 32 mois. C’est dire que ma vie s’est remplie rapidement. Renaud est arrivé un lundi matin et il a pris sa place sans faire de bruit. C’était un bébé assez facile et il est devenu un petit garçon discret, souriant et débrouillard. Je n’étais donc pas surprise de le voir combattre une vilaine gastro au début de l’année 2014 avec calme et assurance. Je n’ai pas sourcillé non plus quand il a fait une otite, puis une amygdalite dans les semaines qui ont suivi. En maman aguerrie, c’est une réalité que je connaissais et je savais que le printemps serait plus doux. Mais quand les réveils nocturnes se sont multipliés de nuit en nuit, et que mon petit bonhomme qui ne se plaignait jamais de rien pleurait pour des douleurs aux jambes depuis des semaines, je savais que quelque chose ne tournait pas rond. Après l’hypothèse de la réaction à ma séparation, puis celle des poussées de croissance, il m’a semblé évident que je devais chercher plus loin… Après de nombreuses visites chez mon médecin de famille puis en clinique pédiatrique à Gatineau, je n’avais pas plus de réponses.

Le 30 mars 2014, je ne me doutais pas que ma vie allait basculer quand j’ai pris la décision de partir pour le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) avec Renaud. Il faisait un quatrième épisode de fièvre et de douleurs inexpliquées en huit semaines : mon instinct de maman a voulu avoir un troisième avis sur son état, et j’ai traversé la rivière avec un besoin de trouver et de comprendre ce qui n’allait pas. J’étais loin de m’imaginer que la leucémie était déjà entrée dans nos vies et qu’elle faisait ses ravages dans le corps de mon petit garçon. Le verdict final est tombé, ironiquement, dans l’après-midi du 1er avril. Quelle blague douteuse du destin, mais en même temps, quel soulagement de pouvoir enfin comprendre tous ses symptômes! Je me suis dit que nous avions devant nous un long chemin à parcourir, comme un marathon, et qu’il fallait bien se préparer pour pouvoir se rendre jusqu’au bout. Les chances étaient de notre côté : la leucémie aigüe lymphoblastique (LAL) est le cancer pédiatrique le plus commun, et Renaud, à l’aube de ses 3 ans, faisait partie du groupe d’âge répondant le mieux aux démarches thérapeutiques. Le pronostic était très bon. Les traitements seraient intenses et éprouvants, mais efficaces. La guérison était un objectif tout à fait réaliste, pour peu que nous soyons forts et patients. Pendant les dix jours de l’hospitalisation de Renaud, j’ai plongé dans un cours biomédical accéléré, et j’ai fait mes devoirs avec l’aide de la grande et fabuleuse équipe d’hématologie-oncologie. J’ai vécu à l’heure et au rythme de l’hôpital. Quand nous avons reçu notre congé, le 10 avril, c’était comme si j’avais tout oublié du monde extérieur. Comme si le temps avait été suspendu, que la Terre avait cessé de tourner, que plus rien n’existait sauf mon tit-homme et ses satanés globules blancs malades…

La vie pourtant a repris le dessus, le traitement a porté fruit et donné les résultats espérés. Après un mois de chimiothérapie intensive, Renaud était méconnaissable, mais il était en rémission. Il avait perdu pratiquement tout son tonus (il n’avait même plus assez de force pour se tenir assis seul) et son petit corps était gonflé par la prise de stéroïdes. Même si le cancer avait disparu, trois longues années l’attendaient encore pour s’assurer que la leucémie ne referait pas surface. L’été lui a permis de retrouver des forces et de se remettre à marcher. À la fin du mois d’août, il n’avait pas beaucoup d’endurance, mais il savourait son autonomie… en échange de ses cheveux! Je me souviens encore de son sourire ravi en découvrant sa nouvelle tête chauve. La ressemblance avec le populaire Caillou le rendait très fier. J’avais alors remercié la vie pour ce cadeau qu’est la petite enfance!

Les mois se sont succédé et sont devenus des années. Le long de son parcours, Renaud a été opéré pour se faire installer un dispositif sous-cutané afin de recevoir ses doses de chimiothérapies intraveineuses (et réopéré pour le retirer deux ans plus tard), a dû recevoir deux transfusions, être hospitalisé deux fois pour la varicelle, arrêter complètement sa chimio orale puis reprendre à petites doses parce que son système ne la supportait plus, subir plus d’une vingtaine de ponctions lombaires et d’innombrables prises de sang. C’est bien peu comparé à tant d’autres enfants, et pourtant c’est énorme pour un petit bout d’homme d’à peine 6 ans. Et c’est avec un grand bonheur que le 3 juin prochain, Renaud prendra sa toute dernière dose de chimiothérapie orale et commencera un nouveau chapitre de son existence.

À toi, mon petit champion, je souhaite le meilleur pour l’avenir. Fonce, car tu sais désormais que tu es capable de tout. Je t’aime.

Marie-Hélène

P.S. : Vous savez, à la loterie de la vie, il y a des numéros gagnants et d’autres qu’on souhaiterait ne jamais piger. C’est le cas de tous les parents qui reçoivent, comme un violent coup de poing en plein cœur, un diagnostic de cancer pour leur enfant. La Terre cesse de tourner. Ce fut mon cas en avril 2014, quand la leucémie a fait son arrivée dans la vie de mon fils, quelques jours avant son troisième anniversaire. Heureusement pour lui, j’ai rapidement compris qu’il avait pigé le meilleur des mauvais numéros. Aujourd’hui, il est guéri et gardera peu de séquelles et de souvenirs de cette période trouble. À tous ceux et celles qui nous ont supportés, encouragés, épaulés, soutenus, guidés, je vous salue avec émotion et je vous redis à quel point vous avez été précieux et importants. Merci à vous tous, et à la vie

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Dès le tout début, nous avons eu le privilège d’être bien entourés et de pouvoir compter sur l’appui indéfectible d’une équipe extraordinaire: Leucan. Afin de souligner la fin des traitements de Renaud et sa victoire sur la leucémie lymphoblastique aiguë après plus de trois ans de chimio, nous avons voulu donner au suivant et participer au Défi Têtes Rasées le 7 mai 2017 pour remercier Leucan, mais également pour soutenir toutes les familles membres et toutes celles qui le seront peut-être un jour…

Vous souhaitez soutenir Leucan en aidant Renaud (6 ans) et son grand frère Alexis (8 ans) à atteindre l’objectif d’amasser 2222$ ? Voici leur page de don:
http://www.webleucan.com/AlexisetRenaud

Go! Vive la Vie!

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