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Quand la maternité n’est pas un conte de fée

D’aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours voulu des enfants. Pas juste un. Plusieurs. Je leur ai même écrit des lettres dès le début de mon adolescence. Je rêvais d’avoir de la marmaille autour de moi, de vivre dans le grand tourbillon familial. Je me sentais d’attaque : j’ai toujours eu un faible pour les bébés, et j’ai été en contact avec des enfants de tous âges dans des contextes très variés.

Quand je suis devenue enceinte pour la première fois, j’étais à la fois euphorique et étonnée. Ce n’était définitivement pas une grossesse que je pouvais qualifier de prévue, mais elle était ardemment désirée. Tout au long de ces 9 mois, j’ai vu et senti mon corps se transformer et faire de moi celle que je rêvais d’être : une maman. Mon accouchement s’est vraiment bien passé, mais comme toutes celles qui sont passées par là, c’est le seul scénario que je n’avais pas envisagé qui s’est produit : mes eaux ont crevé et 8 heures plus tard, je n’avais toujours pas eu l’ombre d’une contraction. Bref, on m’a provoqué et après 12 heures et une épidurale, mon fils était dans mes bras. Un moment magique.

La magie a pourtant été de courte durée. Pour être tout à fait honnête, les débuts ont été tellement chaotiques que je garde en moi le souvenir très clair de la première fois où je me suis sentie vraiment heureuse et épanouie en présence de mon bébé… il avait six mois. L’allaitement a été très difficile : crevasses profondes et gerçures. Quelques malheureuses tétées avec une mauvaise prise et le mal était fait. Il aura fallu 8 semaines pour que je puisse enfin donner le sein à mon bébé sans serrer les dents ou verser des larmes. Surtout que j’avais un petit homme affamé : il buvait pratiquement 22h sur 24! Le manque de sommeil a été dévastateur. Bébé ne dormait pas beaucoup, mais alors là, vraiment pas beaucoup. Quand j’étais chanceuse, les réveils nocturnes étaient aux deux heures. Et les siestes! Quelles siestes? Il somnolait certes au creux de mes bras, mais pas moyen de le déposer. Les coliques (ou appelez-les comme vous voulez!) se sont invitées pour agrémenter nos soirées. Quelques semaines de concerts privés, avec des rappels par-dessus le marché! J’étais désemparée. Même si je savais au fond de moi que j’étais une bonne mère, je ne comprenais pas mon bébé et je me sentais totalement impuissante. Je me souviens clairement durant ses premières semaines de vie que chaque fois que nous recevions de la visite à maison (de la visite qui le trouvait donc beau et calme et merveilleux!!!), j’avais une envie folle de leur dire de partir avec et de me laisser tranquille… Je me demandais sans cesse qui étaient ces parents complètement cinglés qui décidaient d’en avoir un p’tit deuxième! Finalement, je me sentais très isolée. J’étais jeune et même si ma famille élargie n’était jamais loin, j’avais l’impression d’être à des années-lumière d’elle. En plus, toutes mes amies étaient aux études. Je ne connaissais personne de ma génération à qui je pouvais me confier, avec qui je pouvais partager.

Aujourd’hui maman de quatre enfants nés en l’espace d’exactement cinq ans, vous en déduirez que j’ai compris certaines choses et que j’ai fait la paix avec ce début de vie de famille difficile! Parmi les apprentissages importants que j’ai faits, je retiens qu’un bébé exigeant comme l’a été mon premier n’est pas la règle. Un nouveau-né apporte inévitablement son lot de défis, mais certains remportent la palme quantité/intensité! Je sais désormais qu’il ne faut pas sous-estimer les effets dévastateurs du manque de sommeil chez les parents, en particulier chez les mamans qui allaitent. Le cocktail «hormones-carence de sommeil» peut vraiment faire perdre le nord en très peu de temps et la descente aux enfers est vertigineuse. Il faut demander et même crier à l’aide dès que l’on en ressent le besoin. Avec le recul, je comprends beaucoup mieux la spirale dans laquelle j’étais prise : isolement, impuissance, difficultés à allaiter, manque de sommeil, réduction de la production de lait, boires plus fréquents et douleurs plus intenses, encore moins de sommeil, encore plus d’épuisement… Le tout affecte notre relation avec bébé : on se sent dépassée et on a moins confiance en nous. On est moins patiente et plus tendue, ce que notre poupon décode assez rapidement!

À toutes les nouvelles mamans qui ont l’impression d’être à la dérive, partez dès maintenant à la recherche de ceux et celles qui peuvent vous aider. Que ce soit en impliquant davantage votre partenaire, en ayant recours aux services d’une marraine d’allaitement, en confiant bébé à un proche pendant quelques heures, en consultant votre médecin de famille, en remplaçant quelques tétées par des biberons (ou en adoptant carrément la formule), en vous inscrivant à des cours pour rencontrer d’autres mamans, bref, en mettant en place des stratégies pour vous permettre de prendre soin de vous, de retrouver votre équilibre (et votre santé mentale!), vous vous faites, à vous et à votre bébé, un précieux cadeau. Rappelez-vous que c’est une période difficile à passer, mais que les choses finissent par s’améliorer : un jour, les nuits seront plus longues, les coliques finiront, les boires s’espaceront… Et qui sait, peut-être que, comme ce fut le cas pour moi, votre p’tit deuxième sera un bébé angélique et viendra effacer en un clin d’œil tout ce que vous avez vécu avec le premier!

Marie-Hélène

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