Je suis personne » C'est notre histoire à nous, nos pensées, notre vie.

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Ce n’est pas mon bébé!!!

Je l’ai dit. J’ai prononcé ces mots!

Je saignais la veille. Et je me suis retrouvée assez rapidement en salle d’accouchement avec mon infirmière de suivi à la maison qui, par chance, était disponible sur place pour m’accueillir. Elle ne riait pas. Pourtant, j’avais encore le goût de faire de l’humour. C’est alors que le bip a retenti… plus de cœur du bébé! Une mare de sang coulait sur le lit en s’échappant de mon entrejambe. C’était un coup de couteau dans le ventre, un coup de poignard dans le cœur…

J’ai fixé mon mari pour lui dire: « Je me sens partir. »

Cinq blouses vertes s’étaient déjà précipitées à mes côtés.

Sur ma table qui roulait à vive allure vers la salle d’opération, mes dernières pensées furent « C’est maintenant! » Qui meurt? Qui va survivre?

On s’avouera que tout ce qui est sorti de ma bouche n’était plus sous contrôle à compter de ce « bip. »

On me l’a enlevée. Puis on m’a épongée. Voilà comment je décris mon accouchement. Ce fut froid et précipité. Ce fut nébuleux et troublant.

Je me suis ensuite réveillée… sans morphine! Grâce à la persévérance des médecins au bloc j’ouvrais les yeux mais mes entrailles brûlaient. Des gouttes de sueurs perlaient avec la douleur et mon mari me disait: « elle va bien, elle est belle! » Mais de qui parle-t-il? De mon bébé? Comment pouvait-elle être « belle » à 29 semaines de gestation??? Pas trop de temps pour converser, on appuie sur mon ventre découpé d’un bout à l’autre, sans antidouleurs… et finalement on me l’envoie cette morphine! Alors je plonge….

Et toute la nuit sera assez curieuse. Jusqu’à ce qu’au lendemain je puisse réaliser: « Où est mon bébé? »

On vient me demander mon lait. Okay! On va me retirer la morphine et je veux accrocher avec les faits. Mais je ne comprends toujours pas. J’ai mal. On m’a recousu le ventre, mais mon cœur saigne plus que jamais.

Alors j’y vais sans être tout à fait revenue. Je suis diminuée, anéantie, je peux à peine me bouger. Je marche mais me rends à l’évidence: je dois m’asseoir dans ce fichu fauteuil roulant.

Le fauteuil roule… roule… roule dans un vide intersidéral!

Tout un protocole à l’entrée m’est imposé et je ne le vis qu’à moitié. Je suis trop loin! On me lave les mains, on me dit d’attacher mes cheveux et mon homme me pousse… je roule encore.

Une porte est là, devant moi. On m’avait indiqué le numéro. J’entre alors et ces mots sortent! Mes deux mains posées sur chaque joue ma première réaction en voyant ce petit être en couveuse est de prononcer ceci: « Ce n’est pas mon bébé!!! »

Les larmes coulent. Mes joues brûlent de chagrin. Et la chose la plus curieuse qui se produit instantanément est que mon cœur endolori surgit pour me faire prononcer son doux prénom: « Margot? »

À ces mots le monde se renverse. Ma vie ne sera plus jamais la même. Ma fille est là, elle reconnait ma voix et se retourne, ses deux grands yeux ronds me criant « te voilà! ». Alors je pleure encore plus fort, je pleure tout mon amour. C’est bien mon bébé! J’ai là un trésor et elle va devenir mon mentor! Ça m’aura pris de l’effroi et du recul avant de plonger dans le précipice des émotions que procure la maternité.

Quelle curieuse façon de devenir maman! Mais çà je ne le savais pas encore… C’est à la naissance de mon second que je réaliserai…

– Amandine

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