Je suis personne » C'est notre histoire à nous, nos pensées, notre vie.

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Une nuit sans lune

Mila, ma poupée,

Ma plume n’est pas aussi délicate et poétique que celle de ton papa mais mon coeur est tout aussi lourd, alors à mon tour j’ai besoin de t’écrire ces mots que jamais tu n’entendras.

Tu es arrivée dans nos vies sans que l’on y soit vraiment préparé, et pourtant je t’ai aimé dès l’instant où j’ai su que tu vivais en moi. Un petit être d’amour qui m’apporterait le plus grand bonheur au monde et me donnerait le rôle de ma vie, celui de devenir « Maman » .

Le 21 juin 2016, on nous annonçait que tu serais une petite fille, et le soir même, ton fabuleux musicien de père te dédiait une musique lors de son concert, fier et ému de devenir papa d’une petite princesse. Seulement, les choses se sont compliquées et l’on m’a détecté une pré-éclampsie à seulement 5 mois de grossesse; il fallait t’arracher de mon ventre parce que ma vie en dépendait.

Tu es donc née le 18 septembre à 25SA + 6 et pesais 505 g, je ne réalisais pas encore vraiment la situation de cette extrême prématurité et lorsque je t’ai vu pour la première fois, mon corps tout entier a été envahi par un frisson. Tu étais si petite, si fragile, ce fut un choc de te voir brancher à tous ces appareils. Des larmes ont coulé le long de mes joues, remplies de peur, de chagrin et de culpabilité. Et lorsque j’ai senti ton petit pied réagir au contact de mon doigt, vu ta petite main bouger au son de ma voix, mes larmes s’étaient cette fois remplies de joie, d’amour, de confiance, et d’espérance. Cette espoir, j’en ai fait ma force et rien ni personne ne me l’aurait enlevé car tu étais ma fille et je me battrais pour toi.

Tu avais la peau rosée, bien plus foncée que moi, des cheveux et sourcils déjà bien noirs, un petit nez retroussé, une bouche bien dessinée, des doigts longs et fins, et le pied grec! Tu avais déjà beaucoup de traits de ton papa et je suis sûre que tu lui aurais ressemblé. Une vraie petite andalouse.

Un soir, j’ai imaginé notre vie: installés tous les 3 sur le canapé un soir d’hiver à écouter de la musique, l’odeur du bois se dégageant de la cheminée et flottant dans la maison… et toi endormie dans nos bras. Je vous ai vu aussi avec ton papa dans la volière, tes petites mains rapprochées tenaient précieusement un oisillon que ton regard émerveillé ne lâché pas. Ce même regard tu l’aurais eu à ton troisième Noël en voyant ce gros monsieur habillé de rouge et d’une barbe blanche dans l’espoir qu’il te donne un cadeau. Et puis il y avait la Lozère, tu courrais dans les champs pour y rejoindre ton papa au bord de la rivière et sautais de joie lorsqu’il pêchait une truite en criant « regarde maman »… Et encore tant de choses que nous ne ferons pas.

À ton troisième jour, nous avons pu prendre soin de toi, on a même eu droit au pipi en te changeant la couche, papa t’a pesé et ensuite se sont écoulées les trois plus belles heures de ma vie: notre peau à peau. Enfin, pour la première fois, j’ai pu te tenir dans mes bras, te chanter une berceuse, te sentir contre moi et pour rien au monde je n’aurai échangé ce moment avec toi. Tous ces détails n’ont d’importance que lorsque l’on sait qu’à chaque instant tout peut s’arrêter. C’était notre rencontre mais aussi ta délivrance. Tu t’es finalement endormie dans nos bras deux heures plus tard pour ne jamais te réveiller. Je relevais sans cesse la tête parcourant les appareils auxquels tu étais branchés en priant pour qu’ils se stabilisent et que ton petit coeur battent à nouveau. La puéricultrice me voyant à la recherche d’un espoir, a posé sa main sur mon épaule, et des larmes pleins les yeux m’a glissé « Elle est partie… ». J’ai alors cru que mon monde s’effondrait, que mon coeur explosait, et qu’on m’arrachait ma raison de vivre. Nous avons passé une nuit sans lune, une nuit qui n’en était pas une.

On pourrait penser que la vie est cruelle de nous faire un tel cadeau pour nous le reprendre aussi vite, mais elle l’aurait vraiment été si nous n’avions jamais pu te rencontrer. Même si c’est une épreuve très douloureuse, je ne regrette rien, aucun choix, aucun instant, tu as été mon miracle pour quelques jours.

À jamais dans mon coeur, ma petite Crapouille.

Et un grand merci à toi mon Pierrot, d’être l’homme exceptionnel que tu es. Je t’aime.

– Morgane

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