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Cette maison!

L’accident qui a changé ma vie et celle de ma famille a bouleversé bien des choses!

Lorsque j’étais en centre de réadaptation à Montréal, j’en ai vu des tragédies! Oui, des gens blessés, oui des êtres humains en souffrance dont moi qui avait 15 ans. Mais je crois que LA chose la plus terrifiante que nous, blessés médullaires craignons, c’est le rejet. Parce que voyez-vous, ça arrive. Les victimes de ces accidents se sentent de trop, se croient un fardeau pour leurs proches. Les amitiés s’effritent car loin des yeux loin du cœur. En milieu hospitaliser on ne reçoit pas comme ont veut et la vie de nos amis continue. Les couples se séparent, les parents délaissent leurs enfants et les familles éclatent. Les soins à donner sont beaucoup trop lourds pour ces nouveaux aidants naturels et ils ne se pensent pas à la hauteur. Les drames, soit ça rapproche soit ça éloigne. J’ai été témoin de tellement d’abandons si tristes qui ont même menés dans certain cas, au suicide. La solitude tue à petit feu.

Sur l’étage où j’étais hospitalisée, il y avait environ une vingtaine d’hommes et femmes en réadaptation dû à des accidents de toutes sortes. Certaines personnes m’ont marqué plus que d’autres… dont un ado de 17 ans. Le plus jeune patient de l’Institut de réadaptation avant mon arrivée. Appelons-le Jake, prénom fictif. Il est malheureusement devenu quadriplégique suite à un accident de 4 roues. Avant c’était un pro, il était membre d’un Club Quad* et il y sera pour le reste de sa vie. Mais dans une toute autre signification… Club Quad ça me fait toujours rigoler quand je vois ça! Maintenant, j’y suis inscrite à vie, moi aussi! Mais j’en conviens, je ne suis pas membre de celui qui est le plus populaire! Bref, je reviens à Jake. Sa famille était en deuil de «lui». Personne n’était capable de le voir ainsi, confiné à un fauteuil roulant. Jake, c’est un cas parmi tant d’autres. Alors moi, je pensais que j’étais destinée à vivre, plutôt à survivre aussi comme mes colocs. Moi, dans ma tête d’enfant, ma nouvelle vie serait dans les hôpitaux et les centres pour personnes en perte d’autonomie.

Quelques mois suivant mon accident du 16 août 1998, en mars 1999 il me semble, ma mère a acheté ce terrain et fait bâtir cette maison en fonction de mon nouvel état. Un ascenseur a été installé pour que je me rende de l’étage jusqu’au sous-sol, une douche accessible et un bout de comptoir ont été adaptés pour que je puisse me débrouiller un peu. C’est à ce moment que j’ai su que je ne serais pas abandonnée par ma famille! Cette maison a fait de moi celle que je suis aujourd’hui car elle représente tout cet amour qui nous uni ma famille et moi. C’est grâce à elle et eux que j’ai pu traverser les épreuves les plus difficiles… ça et le temps évidemment.

Presque 19 ans plus tard, en date d’aujourd’hui, cette maison est à vendre pour permettre à ma mère de vivre une autre vie, d’autres rêves. Je vois la pancarte bien plantée sur le terrain et mes yeux sont humides. Une larme de bonheur coule sur ma joue car je vois ces années et ces pensées défiler dans ma tête. Je me souviens que j’ai été aimée et acceptée malgré tout.

Maman, Amé, Mathieu, Guy-Guy, merci.

On passe à autre chose! Je vous aime.

Soleine

* Club de 4 roues.

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