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Derrière les portes closes

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J’ai attendu un bon moment qu’ils viennent te chercher. Une attente, une attente interminable. Chaque fois que la porte de ta chambre ouvrait, mon corps battait à tout rompre et la peur me prenait au corps. Ils m’ont expliqué, en long et en large comment cette intervention sur ton petit corps imparfait était la meilleure chose à faire. Mais malgré toutes les raisons valables que ma tête entend, mon cœur me commande de me sauver avec toi dans mes bras.

Ils vont t’endormir mon cher amour… ils vont simplement provoquer l’arrivée de Morphée et te laisser bercer par elle. Mais je ne pourrai pas être là. Je vais devoir te laisser à eux et surtout te réconforter avant que cela n’arrive. Je ne veux pas que tu aies peur, je ne veux pas que tu me cherches, car je ne pourrai pas être avec toi.

Cette petite intervention mon amour, elle t’aidera à avoir une meilleure vie. Elle ira modifier cette petite imperfection qui t’ait propre et qui t’amène cette souffrance. Et alors que j’essaie de te réconforter, je me désole de n’avoir pu te créer parfait. J’aurais voulu t’éviter ce mal et ces souffrances. J’aurais voulu que tout fonctionne comme prévu, comme dans les livres, comme cela fonctionne pour tous ces enfants qui n’entrent pas dans cette salle…

Ils arrivent mon amour, ils sont prêts, la salle est prête et l’équipe aussi. Je suis ce petit lit dans lequel tu es couché. Les gens me regardent avec ce sourire de réconfort me disant que tout va bien aller, mais qui sait si tout va bien aller ? Je te regarde avec ce sourire rempli d’amour et d’espoir pour te transmettre que le positif qui réside en moi. Ton regard est inquiet, le mien est doux.

Puis arrive ce moment que je redoutais… les portes se ferment d’un mécanisme automatique qui efface tout le côté humain de la chose. Ces grandes portes que l’on voit dans les films, elles ferment juste là devant moi. Mon cœur craque un peu, puis beaucoup. Je suis seule, dans ce grand couloir, la peur au ventre et l’inquiétude en tête à ramasser les milles morceaux tomber aux sols. Tu n’es plus là, tu es parti avec eux. Tu m’as quitté pour des gens que je ne connais pas, mais en qui je dois avoir une confiance inébranlable. Moi, je suis seule… debout droite comme une basse dans un espace si grand et en même temps si petit pour la grandeur de la peine que je ressens. Je voudrais moi aussi avoir ma maman avec moi. Je sens ces larmes si chaudes coulées sur mes joues et je ne peux les retenir. Je voudrais simplement tomber dans les bras de quelqu’un, lâcher prise sur ce contrôle que je désire montrer et sentir des bras de réconfort autour de moi. Je voudrais une personne à qui partager tous ces mots qui se bousculent dans ma tête. Je voudrais sentir un peu de chaleur humaine, mais il n’y a personne… personne pour moi.

On m’indique l’endroit où je dois t’attendre, l’endroit où ils reviendront me chercher et me donner des nouvelles. Il y a déjà des parents sur place et une petite télévision avec le son très bas jouant un film de série B complètement insupportable. Ils sont là, tous un peu inquiets, certains le visage dans leur téléphone et d’autres les yeux fermés. Certains couples sont ensemble et discutent alors que d’autres évitent la conversation. Nous partageons un sentiment dont nous taisons l’existence. Le silence est berçant et d’une lourdeur qui dérange. Tous nos enfants sont en salle d’opération et la grande majorité pour des raisons différentes. Nous connaissons les risques, votons pour la réussite et espérons que de bonnes nouvelles à l’arrivée du médecin. Et les minutes passent, passent, et passent encore. L’angoisse ressentie dans mon ventre augmente ou diminue au fil de mes pensées, de mes scénarios et de mes histoires de conte de fées. Chaque son de l’interphone me fait croire que c’est peut-être mon tour, peut-être nous, peut-être toi! Le temps passe, je regarde ma montre et elle indique plus tard que prévu. Une certaine panique entre à moi. Une panique que je ne connais pas, qui ne m’est pas habituelle. Et si… et si… Et si la finalité que je ne veux pas imaginer arrivait. Le risque de réussite est grand, mais le risque d’échec reste présent. Et je ne peux te calculer avec ce pourcentage de risque. Depuis ta naissance les chiffres n’ont pas tant été présent pour toi depuis ta naissance. Je dois donc espérer pour le mieux, mais pourquoi cela prend tant de temps, pourquoi personne ne vient me voir, pourquoi on ne me parle pas. Pourquoi on me laisse dans cette attente insoutenable…

« Les parents de … » C’est moi!!! Oui, c’est bien moi! Je me lève, prête et fière, pour rencontrer un médecin qui en plein milieu d’un couloir m’expliquera l’opération, son déroulement et ses complexités. En plein milieu du couloir, en plein milieu des gens qui passent, de ceux qui entrent dans la salle et de l’entretien qui nettoie le plancher. Il n’y a aucune intimité, aucun repère et encore cette froideur des lieux que je n’aime pas. Pendant les petites minutes où j’aurai les informations, mon cerveau doit tout enregistrer, tout comprendre et réfléchir à savoir s’il a des questions. Je dois tout intégrer pour pouvoir expliquer le plus parfaitement possible toutes ces informations à ton papa qui ne peut être là! J’essaie de comprendre, de vulgariser et d’intégrer tous ces termes inconnus.

Et on me donne accès à toi. Ton petit visage enflé, tes yeux endormis et on corps presque inertes font revenir ces petites larmes que je camoufle à l’intérieur de moi. Tu es à mon amour, et je suis de retour avec toi. Ton regard au moment où tu remarques ma présence n’a pas d’égal. Tout va bien mon amour et on a espoir que tout ira mieux maintenant. Reste dans mes bras, reste collé contre moi et laisse-moi te rassurer… me rassurer. Laisse-moi chérir ce nouveau corps modifié. Laisse-moi profiter de ce moment de grâce en ta présence qui réconforte mon cœur brisé.

*Merci aux personnels de Ste-Justine qui, maintenant à plusieurs reprises, a modifié le corps imparfait de mon petit garçon. Merci pour votre douceur, pour vos bons mots, pour vos regards. Merci de lui avoir sauvé la vie et de l’avoir améliorée. Je vous serai à jamais reconnaissante, car sans vous, il ne serait plus là.

  • Geneviève

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