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Est-ce que tu mérites ta grossesse?

Mon garçon,

Tu sais, ton père et moi t’attendons depuis très longtemps. Chaque fois que je caresse mon ventre bien rond et que tu me réponds avec tes jolis coups de pieds, je réalise que je porte un petit miracle de la vie. Quand je vois une femme annoncer sur Facebook qu’elle est enceinte, après 4 semaines de conception, j’ai peur pour elle. Si tout son entourage était déjà au courant de sa grossesse et qu’elle perd le bébé, la remontée vers le bonheur risque d’être longue et difficile. Évidemment, je ne crois plus aux contes de fées. J’ai arrêté de croire que j’avais le contrôle sur tout ce qui m’entoure, le jour où j’ai fait ma première fausse couche.

Si le fait de tomber enceinte et de réussir à garder le bébé allait au mérite, je pense que j’aurais été l’une des premières à pouvoir enfanter. Toute ma vie, je me suis fait dire que mes actions étaient le résultat du mérite. Quand j’étais enfant, le père Noël me demandait si j’avais été sage au courant de l’année. Si j’avais été gentille, je méritais un beau cadeau. Quand j’étais aux études, on me disait que pour aller loin dans la vie, il fallait absolument travailler très fort. Lors de ma remise de bourse d’excellence et de ma promotion, on m’a félicités en me disant que c’était une récompense bien méritée, après tous les efforts que j’avais fournis.

Pourquoi la maternité ça ne fonctionne pas de la même façon? Quand tu prends de la drogue durant ta grossesse, que tu oublies de prendre ta pilule ou que tu tombes enceinte après un one night, pourquoi ce ne sont pas ces femmes-là qui perdent à la « loto-bébé » en faisant une fausse-couche?

J’ai longtemps pleuré quand je voyais certaines femmes tomber facilement enceinte, alors qu’elles ne désiraient pas vraiment avoir d’enfant. Pour elles, c’était un accident! Un accident, vraiment? Ce commentaire est très blessant à entendre, lorsque tu vis le deuil périnatal. Comment la fusion de deux corps humains nus, peut-elle être considérée comme un accident?

Est-ce que ces femmes ont travaillé fort pour avoir leur enfant? Est-ce que les parents s’aimaient vraiment, au point de décider de changer tout leur mode de vie pour l’arrivée d’un enfant? Probablement pas! J’ai compris avec le temps, qu’une grossesse ne va pas au mérite des parents. Même si c’est difficile à accepter, c’est la nature humaine. Hélas, en 2017, une femme n’a pas le pouvoir mental de contrôler, par elle-même, la fusion du meilleur spermatozoïde avec son ovule. Si on pouvait le faire, tous les enfants naîtraient en parfaite santé.

Ma meilleure amie vient tout juste de mettre au monde une jolie petite fille. Sa naissance me rappelle que j’aurais dû accoucher de mon quatrième enfant en même temps qu’elle. Et oui, quatre fausses couches en l’espace d’un an. Parfois, je me demande où j’ai pris toute cette force pour continuer à croire en mon rêve le plus cher. Celui de devenir maman.

Je fais partie du 1% des femmes qui vivent des fausses couches à répétition. Si on m’avait trouvé une maladie ou une malformation, j’aurais pu plus facilement accepter ce qui m’arrivait, mais il n’y a aucune raison médicale. Après presque un an à passer des tests, les docteurs n’ont toujours rien trouvé. J’ai seulement été malchanceuse? Je n’aurai probablement jamais la réponse. Sans vouloir être méchante, je crois que j’aurais pu être épargnée un peu et donner une partie de ma souffrance à une autre femme, juste pour qu’elle réalise à quel point c’est un privilège de pouvoir enfanter.

Maintenant, chaque fois que je me regarde dans le miroir, je vois sur mon corps, la marque de mes 4 combats que je n’oublierai jamais. Ces grosses varices qui sont apparues, me font penser à mes anges qui veillent sur toi mon garçon et te protègent. Ma plus grande leçon de vie a été de lâcher prise et de réaliser que dans le fond, l’être qui méritait le plus de prendre le contrôle de sa vie, c’était toi! Je n’ai aucun pouvoir sur le jour et l’heure à laquelle nos regards se croiseront pour la première fois, mais je veux que tu saches que je t’aime déjà d’un amour inconditionnel.

Ta maman xxx

– Andrée-Anne

  • M - Je ne suis pas sûre de bien comprendre ce post, mais il me fait mal, m’étant bien longtemps demandé ce que j’avais bien pu faire pour mériter 4 GEU, 2 FC et un bébé mort au bout de 2 mois de vie… Je trouve désolant de juger les autres sans connaître leur histoire, même si je comprends la colère face à l’injustice.répondreannulé

  • Andrée-Anne - Tu as raison, ce n’est pas plaisant se faire juger par son entourage. La chose la plus méchante que je me suis faite dire par un collègue était que les fausses couches étaient causées pour des raisons psychologiques. Comme si je provoquais moi-même mes fausses couches, que c’était de ma faute ce qui m’arrivait. Toute notre vie on se fait dire que nos actions sont le résultat du mérite. C’est ce que je dénonce dans mon texte, car le fait de mener à terme ou non une grossesse ne va pas au mérite d’une personne. Malgré tout,le premier réflexe qu’on a, est de se sentir coupable, en se demander qu’est-ce qu’on a fait pour mériter cela?
    Ça m’a pris beaucoup de recul pour lâcher prise et de comprendre que malheureusement c’est la nature humaine qui a le dernier mot. Même si je le souhaite fort, je n’aurai jamais le contrôle sur mon corps et sur le moment que ca fonctionnera. Je suis désolée si vous avez mal compris le sens de mon texte. Je vous souhaite bon courage dans tout ce que vous vivez.répondreannulé

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