Je suis personne » C'est notre histoire à nous, nos pensées, notre vie.

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Et si j’te disais que les yeux s’habituent à la nuit…

Dernièrement, ta vie a basculée et depuis tu dois apprendre à vivre avec le départ précipité de ton bébé. Cette douleur qui t’envahie, t’engourdit. Elle t’aveugle et te déséquilibre au point de te faire perdre tous tes sens. En fait, plus rien n’a de sens. Je sais que tes repères n’existent plus, que tu as le sentiment de te noyer sur place en te demandant où la vie te mène. Parce que tu as juste l’impression d’aller nul-part. Tu as mal comme t’a jamais eu mal avant et la peine que tu vis te semble sans fin. Je sais tout ça. Je connais tout ça. Tu ne me croirais peut-être pas, pas tout de suite, mais j’ai quand même envie de te dire de t’accrocher et d’avoir confiance. Parce que cette tristesse qui te semble trop sauvage pour l’apprivoiser, elle s’adoucira. Elle ne te sera pas toujours aussi violente, elle s’apaisera. Cette noirceur épaisse comme de l’encre, ne te sera pas toujours aussi sombre parce que tes yeux apprivoiseront cette nouvelle couleur. Mais tu dois laisser le temps au temps…

Aujourd’hui, tu ressens un grand vide à la place du cœur. Comme si la vie t’en avait arraché une partie à froid sans même prendre le temps de te donner un avertissement. Depuis le décès de ton bébé, les journées sont longues et grises. La noirceur s’installe. L’orage perdure et même quand tu fixes le ciel pendant de longues heures, tu n’arrives pas à entrevoir le moindre petit rayon de soleil qui sera assez puissant pour réussir à percer ces gros nuages gris qui envahissent ta vie. On te dit de t’accrocher, mais toi, tu as juste le goût de tout abandonner. Pourquoi continuer de te battre, quand ce combat que tu n’as pas choisis te semble perdu d’avance? Comment apprécier à nouveau la vie, alors qu’elle n’a plus de saveur? Comment en être émerveillé comme tu l’étais jadis, quand les couleurs n’ont plus d’éclats et qu’elles te semblent si fades? Je comprends ton questionnement parce qu’il y a quelques années, je me suis posée les mêmes questions que toi.

Ce cauchemar que tu vis éveillé, tu voudrais l’effacer de ta réalité. Mais cette vérité tu devras l’apprivoiser, même si en ce moment elle te fait juste trop mal. Tu souffres en silence et peu de gens peuvent comprendre que cette absence est si lourde à porter que tu as peur d’étouffer. Tu revois en boucle les jours précédents l’évènement et tu ne peux t’empêcher d’imaginer ce que ta vie serait si l’histoire avait été différente. Si tu avais fait les choses différemment. Tu aimerais pouvoir retourner en arrière et réécrire le dernier chapitre. Changer la finale et la remplacer par une belle petite histoire toute banale. Celle de Monsieur-et-Madame-tout-le-monde. Malheureusement, tu n’as pas ce pouvoir magique. En fait, personne ne l’a.

En l’espace de quelques secondes, ta vie a chavirée. Ce n’est pas celle que tu avais rêvée en souhaitant un enfant. Pas le scénario que tu avais rédigé. Cette vie que tu n’as pas demandée, tu n’en veux pas. On t’a volé ton bonheur pour ne te laisser qu’un trou dans le cœur. Présentement ton chagrin est si grand, que tu n’arrives pas à imaginer qu’un jour il prendra fin. Tu te dis que ta peine sera toujours là. Que tu auras toujours mal. Que même le temps ne pourra effacer cette tristesse, parce que jamais tu ne pourras accepter la mort de ton enfant. Est-ce qu’on peut un jour finir par accepter l’inacceptable? Peut-être pas. Mais si je te disais qu’on apprend à composer avec cette nouvelle réalité de parent orphelin et que tout doucement on réussit à apprivoiser cette histoire qui est devenue nôtre…?

Aujourd’hui, ta peine est plus grande que nature. Mais je t’assure qu’elle n’aura pas toujours cette intensité. Qu’elle ne prendra pas éternellement toute cette place. Elle n’aura pas toujours cette force surnaturelle qui déracine et qui nous rend si impuissants. Elle s’adoucira avec le temps. Ces périodes de grands chagrins qui te semblent sans fin, perdront de leur intensité. Ces petits moments qui te font sourires, se multiplieront, se présenteront plus souvent et dureront plus longtemps. Toi et moi on ne se connait peut-être pas, mais sache que je ne te dis pas ça pour te faire plaisir. Je te dis tout ça, parce que je le crois. Parce que je le sais. Parce que je suis passée par là il y a plusieurs années et j’aimerais que tu puisses me croire. Que tu puisses t’accrocher à l’espoir.

Ta vie sera différente, je ne te mentirai pas. Elle ne sera plus la même. Elle n’aura plus la même couleur ni la même saveur. Mais j’ai le goût de te dire qu’elle ne sera pas moins belle pour autant. Elle sera juste différente. Différente de ce que tu avais rêvé auparavant. Tu réaliseras sa fragilité, mais aussi sa grande force. Parce que même si la mort fait partie de la vie, elle n’est pas une fin en soi. La vie ne s’arrête pas là. Elle se poursuivra et te fera redécouvrir les nuances de sa beauté. Mais d’ici là, garde espoir et laisse le temps au temps. Un peu comme on laisse nos yeux s’habituer au noir lorsqu’on ferme la lumière avant d’aller au lit. L’obscurité finit par s’estomper et tout doucement, on perçoit cette petite lueur qui se faufile dans l’espace pour prendre un peu plus de place. Cette lumière que tu ne pouvais voir au départ, c’est la vie qui reprend délicatement son cours. C’est aussi cette petite étoile brillante qui te dit de t’accrocher à elle parce que la noirceur de la nuit ne te sera pas éternelle…

Agnès Ledig a dit : « Le temps n’aide pas à oublier, mais à s’habituer » et moi j’ai envie de te dire qu’on s’habitue avec le temps. Un peu comme nos yeux s’habituent à la nuit…

Mélanie

  • Nathalie Thibodeau - simplement merci ! et je peux egalement en temoigner… oui nos yeux s’habituent a voir une nouvelle couleur, une nouvelle lumiere… avec le temps 💙répondreannulé

    • Mélanie - Merci beaucoup de votre commentaire. Heureuse de savoir que ce texte vous a rejoint. – Mélanierépondreannulé

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