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Mon cancer

Salut toi! Oui toi, qui me suis de près ou de loin! J’avais envie de te jaser un peu aujourd’hui. J’t’avise avant que tu commences le texte; il se veut bien gentil et bienveillant. Tu dois le lire sur un ton presque d’enseignement. Parfois tu vas peut-être avoir l’impression que je suis fâchée, mais crois-moi je ne le suis pas.

Aujourd’hui j’ai envie de te parler de mon cancer. Oui oui, je sais, Anick Lemay n’aime pas qu’on dise « son cancer », mais moi ça me dérange pas. J’adore Anick et j’ai lu tous ces textes (je dois aller me chercher son livre d’ailleurs), mais moi, j’ai vraiment envie de te parler de MON cancer et tu vas bien vite comprendre pourquoi. Reste que dans l’histoire des supers héros, ils ont chacun leurs méchants. Le Joker est le méchant de Batman, ils ont même fait un film Lego là-dessus. Bon, Spider-Man en a plusieurs et Captain Marvel a une civilisation au complet, mais je m’égare. Revenons au sujet principal, mon méchant à moi, ou un de mes méchants, ben c’est un cancer du sein. Je vais peut-être t’apprendre quelque chose aujourd’hui, mais le cancer du sein, c’est large en ti-pépère. Chaque cancer à son histoire… et je vais la répéter cette phrase pour être certaine que tu l’as bien comprise. Tu peux l’écrire sur un bout de papier aussi si tu veux, mais « chaque cancer a son histoire ». À travers les prochains mois, il y a de grandes chances que je continue à t’écrire la mienne, mon histoire face à mon cancer. C’est simple, c’est qu’un moment donné ça devient pas cool d’avoir un cancer populaire comme le cancer du sein… y’a comme pleins de comparatifs!

En gros, si je te dis ça, c’est que sans le vouloir tu n’arrêtes pas de comparer mon histoire avec celles des autres femmes qui ont vécu un cancer. Attends là, je te dis pas que c’est pas gentil, juste que des fois, c’est pas tant ce que j’ai besoin d’entendre. Si je suis pas très claire, je vais te donner quelques exemples. Ça va peut-être aider.

  • « T’as le cancer du sein, ça c’est un bon cancer qui se guérit bien. »

Tu vois… tu le lis, pis tu te dis en même temps que ça n’a pas de bon sens. Ou si tu te le dis pas, moi je vais te le dire parce que oui, je l’ai entendu à plus d’une reprise cette phrase. Dire qu’un cancer en est un bon, ça part déjà mal. Oui je comprends et je suis d’accord qu’il y a des cancers incurables qu’on ne veut pas avoir, que les personnes en fin de vie présentement aimeraient sûrement mieux avoir mon cancer que le leur. Je suis d’accord. Mais, non, le cancer du sein n’est pas un bon cancer. Je ne te ferai pas parvenir les pourcentages de décès dans les 5 années suivants le diagnostic ou les pourcentages de récidives. Mes parents vont lire le texte et je ne veux pas leur faire peur. Des femmes qui meurent du cancer du sein, il y en a encore… et beaucoup trop. Et parlons du fait que ça se guérit bien! Au début, je t’ai dit qu’il y a une liste énorme de cancers, bien il y a une liste énorme de traitements. Tout dépend du type de cancer, du stade, du grade, s’il est hormonal ou si le HER2 est positif. J’en passe sûrement parce que même moi je suis loin d’être une spécialiste. Il y a des femmes qui font de la chimio avant, d’autres après et d’autres pas du tout. Il y a celles qui sont font opérer un peu, beaucoup ou à la folie. Oui, en majorité aujourd’hui un cancer du sein ça se guérit… mais pour la grande majorité, on peut laisser tomber le mot « bien » qu’on a tendance à placer juste après. Durant les traitements du moins.

  • « Ma tante a eu un cancer du sein. Écoute, une petite opération et c’était fini. Elle a même pas manqué une journée de travail! »

Je suis vraiment contente pour ta tante. Vraiment, je trouve ça cool pour elle, mais j’ai pas envie de t’expliquer pourquoi ça ne sera pas comme ça pour moi. Ben non… pas simple de même mon affaire (pis je n’assume pas que l’opération de ta tante était simple). Tout ça pour dire que chaque processus est différent. Moi personnellement si je me fais juste opérer, bien y’a énormément de chance que je manque une partie du grand crabe. L’opération, c’est pas assez. Crois-moi que la chimio, c’est pas pour le fun, c’est vraiment pour avoir plus de chance de guérir (dans mon cas là!). De un, ça coûte cher en ciboulot et de deux, personne endurerait ça juste pour le plaisir. Quelques fois c’est rassurant pour moi d’entendre l’histoire de ta cousine qui va bien, mais en même temps parfois j’ai juste envie de te dire que je vais vivre MON cancer à MA façon. Je vais voir MES effets secondaires, je vais découvrir MES limites et je vais apprendre à gérer MON nouveau corps (parce que pour vrai, c’est un peu comme si j’en avais un nouveau).

  • « Tu es tellement forte et positive… ma mère quand elle a eu le cancer elle est tombé en dépression et avait tellement peur de mourir. »

Ouep, y’a même l’approche inverse! En soi, ta phrase se veut super gentille. Tu essais de me dire que je semble bien prendre cela et que tu aimes ma manière de voir les choses. En même temps, pourquoi diminuer ce que ta mère a vécu. J’en suis au début du processus, j’ai aucune idée de ce qui m’attends après. Disons que j’ai un chemin de vie assez complexe, ça m’a possiblement préparée à rencontrer ce grand crabe. J’ai ma façon bien à moi de vivre les choses. J’essaie de voir le positif, de continuer à rire et sourire. J’essaie de rester en contact avec l’extérieur. J’essaie de me dire que chaque jour est un pas vers la guérison, mais quand je me mets à pleurer dans les bras de mon chum parce que j’ai pu de cheveux, que j’ai mal partout, pis que je suis envahie de boutons pis que je me trouve affreuse… ben je l’écris pas directement sur Facebook et je ravale mes pleurs. On a tous notre manière de passer au travers les épreuves et je ne crois pas être un exemple. Plutôt, je ne veux pas être un modèle à suivre, parce que ça met beaucoup trop de pression sur mes épaules. Je veux simplement te faire découvrir un peu ce que je vis pour aider à comprendre et possiblement rejoindre des femmes qui se sentent peut-être un peu comme moi.

Je pourrais t’en écrire plusieurs phrases comme celles-là, mais je pense bien me limiter à 3. Sinon mon texte va être beaucoup trop long et tu vas décrocher. Je pense bien que tu as compris mon message.

À chaque cancer son histoire.
Laisse-moi tout simplement la mienne.

Signée : Geneviève, alias Captain Marvel (oui oui, je te ferai un texte pour m’expliquer!)

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